La « Sashina touch » !

Sashina Vignes-Waran est actuellement la meilleure joueuse française de badminton en simple. Classée 36ème au niveau mondial, Sashina Vignes-Waran se livre au jeu des questions-réponses à quelques jours des Internationaux et France.

Comment vous sentez-vous à quelques jours des Internationaux de France ?

Je me sens plutôt bien, j’ai toujours hâte de jouer devant le public français et j’ai toujours bien performé à Paris. A chaque fois, je donne tout. Je suis actuellement en Suisse pour une compétition internationale. C’est un tournoi moins bien classé que celui de Paris, c’est-à-dire deux niveaux en-dessous. Je suis tête de série n°2 sur ce tournoi. C’est une bonne préparation avant le début des Internationaux de France. La semaine prochaine, à Paris, je vais jouer la 7ème joueuse mondiale. J’ai perdu deux fois contre elle mais je l’ai aussi accroché une fois. Je connais son style de jeu. Le public français sera un soutien psychologique pour moi. Lorsque le match est serré, que tu perds tes moyens, la motivation vient du public.

 

Comment gérez-vous le stress lors d’événements internationaux ?

 

Je parlerais plutôt de pression et de stress positif. J’ai un parcours un peu particulier avec ma naturalisation l’année dernière. J’ai été très sollicitée médiatiquement et cela m’a épuisée. J’ai appris à gérer le stress à ce moment-là. Le fait d’être française maintenant me donne encore plus envie de donner le meilleur de moi-même. Je suis habituée à supporter la pression. C’est une question de gestion et d’expérience.

 

Quelle adversaire craignez-vous le plus lors des Internationaux de France ?

 

Personne en particulier. J’ai eu un bon tirage en jouant directement l’Indienne Saina Newhal, n°7 mondiale. Affronter une très bonne joueuse au début du tournoi oblige à donner le meilleur tout de suite. Je le vois comme une mise en confiance d’entrée de jeu. J’espère être dans ma meilleure forme pour démarrer les Internationaux.

 

Quel est votre coup de badminton préféré ?

 

Je suis une attaquante donc j’aime bien les smashs. J’aime rentrer dans un jeu très agressif, c’est ce que j’adore. Je suis aussi très forte en fond de cours et cela me permet de mettre une stratégie en place pour avoir des volants faciles et ainsi terminer l’échange par une attaque.

 

La connaissance des adversaires prend alors une place particulière dans votre préparation…

 

En effet nous observons les autres. Nous faisons des séances vidéos d’avant match et nous avons aussi des fiches sur toutes les adversaires. Cette préparation est très importante. Les joueuses gardent en général le même style de jeu match après match. Je connais ainsi leurs points forts, leurs points faibles. Ca me permet d’installer mon jeu dès le début de la rencontre et d’avoir tout de suite confiance en moi. Les entraînements sont quotidiens, deux heures le matin et deux heures l’après-midi.

 

Avez-vous des habitudes avant chaque match ?

 

J’ai un petit rituel alimentaire. J’essaye de manger toujours la même chose avant un match. Pâtes ou riz, au moins trois heures avant le début de la rencontre. J’ai aussi dans mon sac une banane ou une compote. Le repas doit aussi être pris dans un endroit calme. Je dois me plonger dans une ambiance particulière avec de la bonne musique en fond.

 

 

« Je vis du sport même si je fais des études à côté »

 

 

En tant que joueuse professionnelle, arrivez-vous à vivre de votre sport ?

 

J’arrive à vivre assez bien de mon sport même si cela n’a rien à voir avec le tennis ou le football. Je vis du badminton en étant rémunérée par mon club et la fédération mais aussi par les contrats avec des sponsors privés. Je poursuis tout de même des études en parallèle car je ne vivrai probablement pas toute ma vie du badminton. Il faut penser à l’avenir. J’aimerais bien devenir journaliste par la suite.

 

Quel autre sport auriez-vous pu faire à haut niveau ?

 

Du tennis ou alors de l’athlétisme car j’aime bien courir. J’aurais pu faire quelque chose dans ces deux sports mais dans mon pays d’origine, le badminton est élevé au rang de religion !

 

Qu’avez-vous envie de dire aux jeunes filles qui souhaitent se lancer dans une carrière sportive ?

 

Une carrière dans le sport c’est super intéressant, ça permet de voyager. On le fait pour sa santé physique et psychique. Dans ce sens, le badminton est un sport idéal pour l’équilibre des filles. En plus l’ambiance est toujours conviviale, même à haut niveau. Les autres joueuses notamment sont assez sympas. Elles sont peut-être connues dans leurs pays mais elles savent rester les pieds sur terre. Nous menons en fait une vie tout à fait normale.

 

La Malaisie encourage-t-elle les femmes à faire du sport à haut niveau ?

 

Dans le badminton oui car ce sport est considéré comme une religion et vécu comme tel. Mais le pays manque encore de sportives. Les filles qui sont les plus motivées y arrivent mais ce n’est pas évident. Soit elles sont encouragées à privilégier les études, ou alors elles restent à la maison. La différence hommes-femmes est encore une réalité. Le sport n’est pas vraiment une priorité à l’école. La différence entre classes sociales est également présente. Le badminton reste un sport assez cher à pratiquer. L’achat du matériel et des vêtements n’est pas forcément à la portée de tous comme ça peut l’être en France.

 

En parlant de matériel et de vêtements, les joueuses de badminton trouvent-elles leur bonheur ?

 

Nous avons en effet du choix en matière de vêtements et de matériel. Le rapprochement avec le tennis facilite les choses. Ce sont deux sports où les femmes sont très présentes. On peut trouver des raquettes pas trop chères, notamment chez les grands distributeurs spécialistes du sport.

 

Pour ou contre la jupe ?

 

Je trouve que le fait d’avoir une jupe ou une robe pour jouer, rend le sport plus féminin. Cela peut contribuer à attirer le public. Une nouvelle règle a tenté d’imposer la jupe ou la robe dans les grandes compétitions il y a deux ans. J’étais plutôt favorable à cette mesure. Néanmoins, les Asiatiques dominent le badminton mondial et ont plus tendance à jouer en short pour des raisons culturelles notamment. La mode n’est pas la même, il est mal vu là-bas de porter une jupe. Aujourd’hui nous avons le choix en matière de tenue.

 

 

Women-it vient d’être lancé sur la toile, qu’en pensez-vous ?

 

C’est une très bonne chose de dédier un site aux femmes. En espérant que cela suscite des vocations et que les femmes fassent plus de sport à haut niveau. Les femmes possèdent de bonnes qualités sportives et ont des choses à faire dans le milieu. Le sport c’est beau et bon pour le développement personnel.

 

Fière d'être française

 Sashina Vignes-Waran a obtenu la nationalité française en 2013. Le 21 août précisément, tout comme sa soeur, également joueuse de haut niveau, Teshana Vignes-Waran. En France depuis 2006, les deux soeurs sont originaires de Malaisie. Elles avaient été repérées par l’ASPTT Strasbourg, club où elles sont encore licenciées aujourd’hui.

Sashina lors du Swiss Open à Bâle en mars 2014

Sashina lors du Swiss Open à Bâle en mars 2014

Photo : Philippe Thomay