La métamorphose

La petite princesse qu’elle était enfant s’est transformée en une belle combattante. Une histoire des temps modernes racontée par Ysaora Thibus. La fleurettiste originaire de la Guadeloupe revient sur sa carrière de sportive et d’étudiante. 

 

Vous souvenez-vous de vos débuts en escrime ?

 

J’ai commencé à l’âge de 7 ans en Guadeloupe. C’était une période d’engouement autour de ce sport avec l’image de Laura Flessel, originaire de l’île. C’est ma mère qui nous a emmenés, mon frère et moi, découvrir l’escrime. Je faisais alors de la danse classique, j’étais une véritable petite princesse. A la base, cette découverte sportive était plus pour mon frère. Il s’avère que cela m’a plu tout de suite et j’ai pris goût rapidement à la compétition. C’est devenu une addiction. Mettre la touche, battre l’adversaire, je n’étais plus la danseuse étoile mais la guerrière.

 

Comment gérez-vous votre intense activité sportive et vos déplacements en lien avec votre vie personnelle ?

 

J’ai en fait un double projet très important et indissociable, mêlant sport et études. Je suis actuellement en master 2 en école de commerce et en même temps c’est une année très importante sur le plan sportif car pré-olympique. Côté vie privée, je vis avec mon compagnon et je garde aussi du temps pour voir les amis et la famille. C’est aussi pour cela que j’ai eu besoin de faire mes études en-dehors de l’INSEP (ndlr : l’Institut national du sport). J’ai eu l’occasion de faire une licence d’économie à la Sorbonne. J’ai rencontré pas mal de gens en-dehors du sport, j’ai des amis partout, en Guadeloupe, issus de l’université et de l’école. J’ai un besoin de m’évader au-delà du sport et j’y arrive. Cette année est très chargée. Je privilégie la course olympique car je ne veux pas avoir de regrets. Ma priorité reste l’escrime et mon calendrier est composé à 70% de sport. 20% sont pour les cours et 10% pour ma vie privée.

 

 

 

Le sport vous a-t-il permis de faire de belles rencontres ?

 

Oui et je pense notamment à la fleurettiste Anita Blaze. Nous avons commencé l’escrime ensemble en Guadeloupe. Nous avons le même âge, sommes originaires de la même ville (ndlr : les Abymes) et étions rivales uniquement au départ. Nous sommes arrivées à la même époque à Aix-en-Provence pour intégrer l’INSEP. Nous sommes devenues amies dans le sport mais aussi en-dehors. J’ai pu rencontrer d’autres sportives de haut niveau qui ont arrêté leur activité pour certaines mais que je côtoie toujours. L’INSEP rapproche. 

J’ai aussi eu la chance de m’entraîner avec Laura Flessel en 2012 et de participer à ses côtés aux Jeux de Londres. C’est un modèle pour de nombreux sportifs et elle reste l’égérie de l’escrime encore aujourd’hui.

 

Vous avez également été récompensée pour avoir mené de front hautes études et sport, comment avez-vous su trouver votre motivation ?

 

La combinaison des deux domaines a toujours été une nécessité pour moi. Lorsque que je préparais le concours pour mon école de commerce, je ne me sentais pas très bien car j’avais le sport mais pas d’études à côté. J’ai besoin d’avoir un équilibre entre les deux. Il est vrai que lors de ma première année en école de commerce, j’ai eu de moins bons résultats sportifs. Je rentrais de compétition et je travaillais mes cours dans l’avion. J’allais aux examens juste après mes déplacement alors que les autres sportifs rentraient chez eux. Je rêve des Jeux olympiques mais je veux m’assurer une belle reconversion dans quelques années. Le haut niveau concerne le sport mais aussi mes études. C’est ce que j’ai toujours voulu faire.

 

Votre dernier moment fort en émotions s’est déroulé en août au Mexique. Comment avez-vous vécu cette belle victoire en Coupe du monde ? 

 

Je ne me suis pas rendue compte tout de suite de l’énormité du moment. Ca a été l’aboutissement d’une série d’événements. Aux Championnats du monde en Russie en juillet, je n’étais pas déçue même si j’ai perdu mon dernier assaut aux portes des demi-finales, 15-14, contre Nzingha Prescod, une Américaine avec qui je suis amie. Ca m’a néanmoins encouragée pour aller plus loin. J’ai déjà eu des podiums mondiaux mais je n’avais jamais franchi le stade de la demi-finale. 

Au Mexique, j’ai pris les matchs les uns après les autres tout en étant concentrée et agressive dès le début de la journée. La montée de la difficulté m’a permis de rentrer dans la compétition. J’étais contente de rencontrer la championne en titre, un assaut que je gagne 15-10. J’ai ensuite croisé l’Italienne Elisa Di Francesca, championne olympique en titre, et là je gagne 15-7. Je tire ensuite en finale contre une autre Italienne Alice Volpi, je suis menée 7-0, mais j’arrive à prendre l’ascendant pour en faire un super match. Je suis passée par de nombreuses phases puis je gagne 15-13. Je ne réalise pas tout de suite, il m’a fallu deux jours. Ma famille, mes coachs, mon copain, tout le monde était content et j’ai finalement compris pourquoi. 

Ysaora Thibus, 24 ans, licenciée à l’AS de Bourg-La-Reine et membre de l’équipe de France de fleuret depuis 2012.  Sportive et étudiante installée à Paris, Ysaora Thibus est 6ème mondiale et numéro 1 française.

Une actu "faite maison"

Faut-il être présente sur les réseaux sociaux pour faire parler de soi et de son sport ?

 

J’ai commencé à être présente sur les réseaux sociaux il y a un an. Je précise que je poste tout moi-même. Ca me permet de raconter mon quotidien, mes entraînements, mes blessures, mes réussites. J’ai actuellement près de 2 000 « followers » et je ne pensais pas qu’il y aurait autant de monde derrière moi.

On m’a expliqué l’intérêt d’avoir un compte Facebook et un compte Twitter. Mon actualité intéresse. J’aime raconter ce que je vis. J’ai pris exemple sur d’autres sports plus médiatisés que l’escrime. Je me suis inspirée de ce que faisais les athlètes dans le judo ou encore l’athlétisme. Les filles m’ont dit que c’était intéressant. Cela permet d’échanger avec les passionnés, les fans et aussi d’avoir des partenaires en travaillant son image et sa visibilité.

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